lundi, septembre 11, 2017

Michel nous a quittés



Michel Deverge est mort le 24 août dernier. Dès 1999, il anima la rubrique « internet » du magazine dans laquelle il repérait, commentait et présentait les sites consacrés à l’histoire.

Lors de la rentrée de septembre 1999, le numéro 235 de L’Histoire comportait page 92 une toute nouvelle rubrique : @ Ressources internet.

Michel Deverge en était l’instigateur et l’animateur. Son objectif – et celui de la revue – : transmettre aux lecteurs des informations fiables et de qualité, les aider à se repérer dans ce qu’on appelait encore communément la « Toile », ce nouveau média si prometteur mais parfois si nébuleux.

Désormais, chaque mois, les lecteurs de L’Histoire seraient avertis des initiatives institutionnelles, universitaire, individuelles ou collectives dans le domaine historique sur internet.

Pendant neuf ans Michel Deverge continua son patient travail de veille, d’identification et de critique des sites d’histoire de qualité. Puis, à partir de mai 2008, sa rubrique quitta les pages du magazine pour devenir un blog qui accompagna le développement de site internet de L’Histoire.

Michel Deverge est décédé à Paris le jeudi 24 août à l’âge de 78 ans.

Globe-trotteur, il a effectué l’essentiel de sa carrière à l’étranger. Professeur au collège frano-péruvien de Lima au Pérou entre 1965 et 1968, il devient, les deux années suivantes, le directeur adjoint du Centre culturel Albert Camus de Tananarive à Madagascar. Il est ensuite affecté successivement à Dakar, à Phnom Penh et Singapour avant d’être nommé directeur du centre culturel à Taipei (Taiwan) au début des années 1980. A l’Asie qu’il connaissait si bien, il consacra de nombreux articles et un ouvrage Les quatre dragons ; Hongkong, Corée du Sud, Singapour, Taiwan (CHEAM, 1989).

Spécialiste de la Chine et de la langue chinoise, Michel Deverge a créé en 1987, avec Elisabeth Rochat de la Vallée et les Pères Larre et Raguin l’Association Ricci du grand dictionnaire français de la langue chinoise dont les travaux ont permis l’édition de plusieurs dictionnaires thématiques ainsi que la création d’une application mobile du Grand Ricci. Un acte de transmission encore, comme Michel Deverge les aimait tant.



Par Olivier Thomas


Image : Michel Deverge. 
© Collection Privée.

Publication originale : http://www.lhistoire.fr/hommage/michel-deverge-nous-quitté

vendredi, septembre 01, 2017

Pour Michel (1939-2017)



« Changement de direction » pourrait-on lire sur la devanture de la maison.

Je suis assis, silencieux, à ton bureau. Les bibliothèques ont été vidées, les dossiers classés, le bureau rangé. C’est ainsi que je reprends les affaires familiales. Simplement. Sans complications. À ton image.

La maison est calme, un peu endormie. Le jardin semble attendre ton retour.

Loc les divertit à coup d’arrosage. Les buis parlent au prunier, un peu penché et irrité par le mûrier, qui lui répond par quelques baies acides.

Bref, le temps semble suspendu lorsque la radio ne crachote pas, à longueur de journée, son lot d’inspiration pour le blog.

Depuis que tu as rejoins Tante Claude, Papi et Mamie, l’administration française te rend hommage, au fonctionnaire d’État décoré et retraité que tu es, par ses démarches simplifiées et son amabilité raffinée. Rafiné comme le fromage de chèvre bien sec que tu appréciais tant.

À chaque étape, à chaque bureau, l’officier semble vouloir faire plus fort que le précédent. Une sorte de compétition inter-départemental.

Je ne leur en veux pas, ils n’ont connu que les Concours. Leurs ordinateurs sont flambants neufs, rutilants, mais ils savent que tu adorais écrire et t’honorent par les formulaires et les lettres recommandés à envoyer. Le clavier et la souris sont deux êtres sensibles qu’il vaut mieux ne pas frapper de peur d’abîmer. Alors on sort les stylos, le téléphone et le fax et on s’amuse à s’appeler entre régions. Au moins, le Minitel a disparu. De cette fierté nationale, il ne reste plus que le tel, devenu intelligent d’ailleurs. Je devrais m’arrêter, tu disais que c’était trahison de s’y moquer à l’époque, toi le défenseur de l’Internet,  à ses tout débuts,  et promoteur de son potentiel.

Merci d’ailleurs pour la transmission de la programmation, qui me permis d’y trouver réconfort et amusement pendant mon enfance.

Je n’oublierai pas non plus ta transmission de la gastronomie, des recettes et techniques culinaires. Même dans la cuisine, on y retrouve toute l’expression de ton humilité, discrétion et simplicité. Des recettes de ta mère et grand-mère aux petits plats modestes mais si savoureux, on en garde le souvenir des expéditions quotidiennes au marché et l’importance du produit frais et de l’existence d’un dessert à chaque repas. Je prendrai soin, avec Laura, de garder les répertoires de recette et ton livre de cuisine numérique à moitié entamé. Lynn n’en a pas besoin, elle cuisine déjà tout si bien.

C’est ainsi qu’on se dit au revoir. Entre gourmets et gourmands. On finit ce discours comme on finissait nos repas. En parlant de cuisine. Comme avec cette pénible question répétitive mais ô combien vital à la logistique et satisfaction du foyer, à peine le repas finit : « Et ce soir, on prépare quoi ? ».


Par Emiliano Busby, petit-fils.

Hommage prononcé le 1er septembre 2017 aux obsèques de Michel Deverge à la Salle de la Coupole du Crématorium du Père Lachaise à Paris.